SEM Ambassadeur Pierre Ericq Pierre, Representant permanent d’Haiti auprès des Nations Unies (New York)
À l’occasion de la commémoration de l’abolition de l’esclavage et de la traite transatlantique des esclaves (point 119) à la Assemblée générale des Nations Unies, Son Excellence Monsieur Pierre Ericq Pierre, Représentant permanent d’Haïti auprès des Nations Unies, a prononcé une intervention marquante, rappelant l’importance du devoir de mémoire et appelant à une action internationale fondée sur la justice, la reconnaissance et la dignité humaine.
Un devoir de mémoire au-delà du symbolique
Dans son allocution, l’Ambassadeur a exprimé sa reconnaissance à la Présidente de l’Assemblée générale pour l’organisation de cette séance commémorative, soulignant qu’elle constitue bien plus qu’un acte symbolique : un impératif moral et une responsabilité collective.
S’associant aux déclarations de la CARICOM et du GRULAC, Haïti a réaffirmé son engagement à porter la mémoire des millions de femmes, d’hommes et d’enfants victimes de la traite transatlantique, arrachés à leur terre et privés de leur humanité.
Une tragédie historique aux conséquences contemporaines
L’intervention haïtienne a rappelé que la traite transatlantique ne fut pas seulement une tragédie historique, mais une entreprise systématique de déshumanisation, dont les effets continuent de se faire sentir aujourd’hui à travers les inégalités persistantes et les discriminations systémiques.
L’Ambassadeur a souligné que, malgré les souffrances subies, la dignité humaine n’a jamais disparu. Il a rappelé le rôle historique d’Haïti, première République noire indépendante, née d’une lutte qui a affirmé une vérité universelle : tous les êtres humains sont égaux en dignité.
Cependant, il a également évoqué les conséquences de cette indépendance, marquée par l’isolement et les sanctions, dont les répercussions se prolongent encore dans les réalités contemporaines.
Commémorer, c’est agir
Au cœur de l’intervention, un message fort : commémorer ne suffit pas. La mémoire, si elle n’est pas accompagnée d’actions concrètes, risque de se réduire à un simple rituel.
Haïti a ainsi appelé la communauté internationale à :
- reconnaître pleinement l’ampleur et la gravité de la traite transatlantique ;
- admettre que ses conséquences sont toujours présentes aujourd’hui ;
- et agir collectivement pour construire un monde libéré du racisme et de l’exclusion.
Pour une justice fondée sur la vérité et la réconciliation
L’Ambassadeur a insisté sur la nécessité d’une justice réelle, qui ne se limite pas aux discours, mais se traduit par des politiques concrètes et des actions tangibles. Dans cette perspective, il a plaidé pour l’ouverture d’une réflexion internationale sur la justice réparatrice, envisagée non pas comme un facteur de division, mais comme un processus de vérité, de reconnaissance et de réconciliation.
Un message universel porté par l’histoire d’Haïti
En conclusion, Haïti a rappelé que sa naissance repose sur un refus fondamental : celui de l’esclavage, du racisme et de la négation de l’humanité. À travers cette intervention, le pays a réaffirmé sa conviction que le monde d’égalité et de dignité imaginé en 1804 reste encore à construire.
Cette commémoration a ainsi été présentée non seulement comme un regard sur le passé, mais comme un engagement pour l’avenir : un avenir où la mémoire éclaire la justice, où la dignité humaine est universellement reconnue et où l’humanité se réconcilie avec son histoire.

